Un village qui a bien failli disparaître

Ce qui nous touche le plus à Belcastel, c'est de savoir à quel point tout cela a failli ne jamais exister sous cette forme. Le village s'étage sur la rive de la rivière Aveyron (à ne pas confondre avec le Dourdou, qui coule de son côté près de chez nous à Pruines), au pied d'un éperon rocheux couronné par les vestiges d'un château fort né au Moyen Âge. Les origines du site remontent semble-t-il à une fortification bien plus ancienne, mais c'est surtout à partir du X⁠e siècle que les seigneurs de Belcastel, puis la famille de Saunhac, en font une place forte digne de ce nom, avant qu'elle ne passe de main en main au fil des siècles suivants, au gré des mariages et des successions, entre plusieurs familles de la noblesse rouergate.

Comme beaucoup de forteresses de la région, celle-ci a connu son lot de rebondissements : on raconte même qu'elle fut un temps cédée à la couronne d'Angleterre avant de revenir dans le giron français, avant de tomber peu à peu à l'abandon à partir du XVII⁠e siècle. Au XIX⁠e siècle, les pierres du château servaient même de carrière pour le village : un habitant en avait fait l'acquisition pour une somme dérisoire et venait s'y servir en moellons, ce qui a considérablement accéléré sa ruine. Quand on se promène aujourd'hui dans les ruelles pavées en contrebas, difficile d'imaginer que cette masse imposante, qui domine encore toute la vallée, a pu être considérée pendant des décennies comme un simple tas de pierres à récupérer plutôt que comme un monument à préserver.

La renaissance du château, portée par un architecte hors norme

L'histoire qu'on aime le plus raconter à nos hôtes, c'est celle de sa résurrection. En 1972, l'architecte Fernand Pouillon, déjà connu pour ses grands chantiers de logements en France et en Algérie, tombe sur les ruines du château lors d'une balade et en tombe littéralement amoureux. Il en fait l'acquisition en 1974 et se lance dans un chantier de reconstruction hors normes, qui va occuper les huit dernières années de sa vie. Le parti pris est radical : pas de grues, pas d'équipements modernes, uniquement des techniques de construction médiévale, à la main, avec des maçons et des maîtres verriers. Il fait même rouvrir une carrière de schiste sur la colline pour retrouver la pierre d'origine, et choisit le calcaire et le grès rouge de Marcillac pour les parties décoratives.

Le château est inauguré le 6 juillet 1984. Fernand Pouillon s'y était tellement attaché qu'il avait fini par s'y installer à demeure, dans une aile qu'il avait lui-même restaurée. Il y meurt en 1986, et repose depuis dans le petit cimetière du village, dans une tombe volontairement simple, conforme à ses convictions. Le mausolée qu'on peut y voir reprend la forme de la salle des gardes du château, où il avait installé son bureau d'architecte pendant tout le chantier. On trouve ce geste, se faire enterrer au milieu du village qu'il a sauvé plutôt que dans un caveau familial, assez bouleversant quand on connaît l'histoire.

Aujourd'hui, le château se visite et offre un point de vue superbe sur les toits de lauze du village et sur la vallée de l'Aveyron. On vous conseille d'y consacrer un bon moment : les salles voûtées, les cheminées monumentales et la vue depuis les remparts valent largement qu'on prenne son temps, plutôt que de foncer directement vers le pont. On aime aussi glisser un mot sur le choix des matériaux : Fernand Pouillon avait posé, pour ce chantier comme pour beaucoup des siens, un principe simple : ne jamais tricher avec la pierre, et toujours privilégier les gestes et les outils qu'auraient employés les bâtisseurs médiévaux. C'est ce parti pris, presque radical pour un architecte du XX⁠e siècle habitué aux grands chantiers de béton, qui donne au château cette impression de ne jamais avoir été autre chose qu'une forteresse du Moyen Âge, alors qu'il s'agit en réalité d'une reconstruction menée par un seul homme, en quelques années.

Le pont gothique, emblème du village

Vu depuis la rive, le pont de Belcastel est sans doute l'image la plus photographiée du village, et pour une bonne raison. Construit au XV⁠e siècle sur cinq arches, il enjambe la rivière Aveyron pour relier le bourg à l'église, sur l'autre rive. Il est classé monument historique depuis 1928. Au centre du tablier, une croix en pierre aurait été installée pour départager les habitants des deux rives, qui ne s'entendaient pas toujours très bien à l'époque, une petite anecdote qu'on trouve amusante à raconter en traversant le pont avec nos hôtes.

Le pont et l'église Sainte-Marie-Madeleine, juste en face, ont été construits à la même époque, sous l'impulsion d'Alzias de Saunhac, seigneur du lieu, dont on peut encore voir le gisant à l'intérieur de l'église. Notre conseil : allez vous poster sur la rive opposée au château, en fin de journée, quand la lumière rasante éclaire la façade et se reflète dans l'eau de l'Aveyron. C'est le point de vue qu'on recommande systématiquement pour les photos.

Le village, classé « Plus Beau Village de France »

Belcastel a rejoint le réseau des « Plus Beaux Villages de France » en 1992, une reconnaissance qui récompense autant l'architecture du château que la restauration soignée du bâti du village, menée elle aussi sous l'impulsion de Fernand Pouillon. L'Aveyron est aujourd'hui le département qui compte le plus de villages labellisés en France, et Belcastel en est l'un des plus emblématiques : maisons en pierre, toits de lauzes, ruelles pavées qui grimpent vers le château, tout est resté à l'échelle humaine. On aime particulièrement le calme du lieu en dehors des mois d'été : c'est un village qu'on préfère découvrir sans se presser, à pied, en s'arrêtant régulièrement pour lever la tête vers le château.

Notre façon de visiter Belcastel depuis le gîte

Depuis le Gîte de la Viguerie, à Pruines, comptez environ 35 minutes de route pour rejoindre Belcastel. C'est un peu plus loin que Conques, mais le trajet vaut le détour, et on aime combiner les deux visites dans la même journée pour les hôtes qui restent plusieurs jours : le matin pour l'une, l'après-midi pour l'autre, avec une pause pique-nique quelque part entre les deux. On vous conseille de commencer par le château, en matinée, avant que le village ne se remplisse, puis de flâner dans les ruelles et de terminer par le pont et l'église en fin de journée, quand la lumière est la plus belle. Comptez une bonne demi-journée pour profiter du village sans se presser, avec un moment pour simplement s'asseoir au bord de l'Aveyron et regarder le château se refléter dans l'eau.

Un conseil qu'on donne souvent : garez-vous sur le grand parking en entrée de village plutôt que de chercher à vous approcher en voiture des ruelles, très étroites et réservées aux piétons. De là, il ne faut que quelques minutes de marche pour rejoindre le pont, et la montée vers le château se fait tranquillement, à travers les ruelles pavées bordées de maisons en pierre. Le village se visite toute l'année, mais on a un faible pour le printemps et le début de l'automne, quand la lumière est douce sur les toits de lauzes et que les touristes se font plus rares qu'en plein été. Et si vous avez un peu de temps devant vous, la vallée de l'Aveyron en amont et en aval du village se prête très bien à une petite balade à pied le long de la rivière, loin de l'agitation du bourg.