Rodez, une cité perchée qui ne ressemble à aucune autre
On aime arriver à Rodez par les hauteurs, en laissant la ville se dévoiler peu à peu : la préfecture de l'Aveyron occupe un promontoire, et sa silhouette se reconnaît de loin grâce à un seul repère, toujours le même : la tour de la cathédrale, qui domine les toits du vieux Rodez depuis des siècles. Le centre historique se parcourt à pied, entre ruelles pavées, hôtels particuliers en pierre et petites places ombragées où l'on aime flâner sans itinéraire précis. C'est une ville à taille humaine, qu'on visite tranquillement en une demi-journée, mais où l'on peut tout aussi bien passer la journée entière si l'on combine cathédrale, musée et balade dans les rues.
Ce qui nous plaît particulièrement, c'est le contraste entre les deux visages de la ville : d'un côté le Rodez médiéval, avec ses maisons à colombages, ses hôtels particuliers en pierre et ses places aux terrasses animées ; de l'autre, à quelques minutes à pied, un musée d'architecture résolument contemporaine qui n'a rien à envier aux grandes villes. On aime emmener nos hôtes qui pensent connaître « le vieux Rodez » et les surprendre en leur montrant qu'à deux pas de la cathédrale gothique, la ville a aussi su se réinventer autour de l'art contemporain.
La cathédrale Notre-Dame, un vaisseau de grès rose
La construction de la cathédrale Notre-Dame de Rodez a été engagée en 1277, et les travaux se sont étalés sur près de trois siècles, jusqu'au XVIe siècle. Le résultat est l'une des plus imposantes cathédrales gothiques du sud de la France, bâtie presque entièrement dans ce grès rose caractéristique du Rouergue, qui change de teinte selon la lumière : on la trouve presque ocre en plein midi, et franchement rose au soleil couchant. C'est notre conseil numéro un : si vous le pouvez, passez devant en fin de journée pour voir la pierre s'embraser.
La façade ouest surprend toujours nos hôtes la première fois : massive, presque austère, percée de rares ouvertures, elle ressemble davantage à un mur de forteresse qu'à l'entrée d'une église. Ce n'est pas un hasard : la cathédrale a longtemps fait partie des remparts de la ville, et cette façade défensive en garde le souvenir. On aime aussi lever les yeux vers la grande rosace flamboyante qui perce ce mur austère : une dentelle de pierre finement ouvragée qui contraste avec la sobriété du reste de la façade, et qui joue merveilleusement avec la lumière dorée de fin d'après-midi.
Le clocher, une dentelle de pierre à 87 mètres
C'est notre repère favori dans le paysage : le clocher de la cathédrale, œuvre de l'architecte rouergat Antoine Salvanh, s'élève à 87 mètres de hauteur. Érigé entre 1513 et 1526 à la demande de l'évêque François d'Estaing, il est carré à la base puis prend progressivement une forme octogonale à mesure qu'il s'élève, dans un entrelacs de statues, de gargouilles et de pinacles de plus en plus délicat. On le repère de très loin en arrivant sur Rodez, et il vaut le coup de s'arrêter quelques minutes sur le parvis pour suivre des yeux, étage par étage, cette dentelle minérale qui s'affine vers le ciel.
Le musée Soulages, un dialogue entre architecture et lumière
À deux pas du centre historique, en bordure du jardin du Foirail, le musée Soulages est ouvert depuis le 31 mai 2014. Conçu par le cabinet catalan RCR Arquitectes, en association avec les architectes Passelac & Roques, le bâtiment se présente comme une succession de volumes parallélépipédiques habillés d'acier Corten, ce métal qui rouille volontairement pour former une patine protectrice, la teinte de la ville, en somme, en version contemporaine. On aime beaucoup cette manière qu'a le musée de se glisser dans la pente du terrain plutôt que de s'imposer : vu depuis le jardin, il joue les silhouettes basses et horizontales, presque effacées, avant de révéler tout son volume une fois qu'on est à l'intérieur.
Le musée abrite la donation exceptionnelle faite par Pierre et Colette Soulages à la communauté d'agglomération du Grand Rodez : plus de 500 œuvres et documents, le plus important ensemble jamais donné par un artiste de son vivant. On y trouve aussi bien les grandes toiles de la maturité que les vitraux et leurs études préparatoires, des œuvres figuratives et des travaux de jeunesse plus rarement montrés ailleurs, ainsi que l'intégralité de son œuvre gravé. C'est une collection qu'on prend plaisir à revoir régulièrement, tant les expositions temporaires renouvellent la façon de la présenter.
À l'intérieur, la scénographie tire pleinement parti de l'architecture : de grandes salles sobres, baignées d'une lumière naturelle savamment filtrée, laissent respirer les toiles les plus imposantes. On conseille toujours de ne pas se presser dans le parcours permanent avant de passer aux espaces d'expositions temporaires, qui accueillent régulièrement d'autres artistes en écho au travail de Soulages sur la matière et la lumière. Comptez une bonne heure et demie pour une visite tranquille, un peu plus si vous vous attardez sur les vitraux et les études préparatoires, souvent moins connus du grand public que les grandes toiles noires.
Comprendre l'outrenoir avant d'entrer dans les salles
Pierre Soulages est né à Rodez en 1919 et il est mort en 2022, mais son lien avec la ville n'a jamais faibli : c'est ce qui rend la visite du musée particulièrement émouvante, quand on sait que l'artiste a suivi de près sa construction. Sa notoriété tient à un mot qu'il a lui-même inventé, l'« outrenoir » : à partir de 1979, il s'est mis à peindre exclusivement en noir, non pas pour représenter l'obscurité, mais pour explorer la façon dont la lumière se réfléchit sur une matière travaillée en creux et en reliefs. Selon l'angle d'où l'on regarde une toile, et selon la texture que l'artiste a donnée à la peinture au couteau ou à la brosse, le même noir devient mat, brillant, presque bleuté ou argenté. Notre conseil : ne restez pas immobile devant une toile, déplacez-vous lentement de gauche à droite. C'est en marchant qu'on comprend vraiment ce que Soulages voulait montrer : que le noir, loin d'être une absence de couleur, peut devenir une source de lumière à part entière.
Si le sujet vous a marqués, sachez que Pierre Soulages a aussi laissé une œuvre magistrale à Conques, à une petite demi-heure du gîte dans l'autre direction : les 104 vitraux de l'abbatiale Sainte-Foy, conçus entre 1986 et 1994. C'est un très beau prolongement à la visite du musée, pour voir comment le même travail sur la lumière s'exprime cette fois à travers un verre translucide plutôt que dans la peinture.
Notre façon de visiter Rodez depuis le gîte
Depuis le Gîte de la Viguerie, à Pruines, comptez une petite demi-heure de route pour rejoindre Rodez. Nous conseillons volontiers de commencer par la cathédrale et le centre historique en matinée, avant que les rues ne se remplissent, puis de rejoindre le musée Soulages en début d'après-midi : la lumière rasante de fin de journée y est particulièrement belle si vous visitez plutôt tard. Le centre-ville regroupe de nombreux commerces et lieux de restauration où improviser une pause déjeuner selon vos envies. Pour les familles, sachez que le musée propose régulièrement des visites et ateliers adaptés aux plus jeunes ; renseignez-vous à l'accueil le jour même, la programmation évolue au fil des saisons. C'est une sortie que l'on complète volontiers avec une balade dans les jardins du Foirail, juste à côté du musée, pour prolonger la visite au grand air avant de reprendre la route vers le gîte.